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Jacques
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« le: Février 19, 2007, 02:59:25 » |
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J'ignore si je laisserai longtemps ce texte ici, car il relève du droit d'auteur de Wylie, et de ses ayants droits. Il est très narquois quant à l'objectif même du forum et site : la mise en pratique de la dialectique. En attendant, voici le texte à savourer entre amis :
La société de chasse de Peyrane.
La chasse est la grande passion des hommes de Peyrane. Depuis l'ouverture jusque la fermeture de la saison, ils partent à la chasse aussi souvent que possible. Aux heures de loisir, on ne voit presque plus de boulistes; quant à la belote, on n'y joue que le soir.
Le meilleur endroit pour chasser ce sont évidemment les montagnes situées à quelques kilomètres du village. Ce n'est que là qu'on peut encore trouver du gros gibier. Mais en raison du rachat par des clubs privés de la majeure partie des domaines de montagne et aussi des difficultés de transport, les Peyranais sont obligés de se rabattre sur les limites étroites de la commune. C'est pourquoi le gibier est devenu très rare dans les environs immédiats de Peyrane. Après une matinée entière passée à parcourir la campagne, les chasseurs ne reviennent le plus souvent qu'avec un ou deux lapins, si ce n'est bredouilles.
A vrai dire, on chasse surtout les petits oiseaux : les grives, évidemment, très appréciées, mais aussi les mésanges, les roitelets, les fauvettes, les rouges-gorges. Les chasseurs ne réussissent généralement qu'à attraper un ou deux de ces petits oiseaux mais comme ils se conservent très bien, on les garde jusqu'à ce qu'il y en ait suffisamment pour faire un repas. Certains chasseurs se vantent d'en avoir mangé jusqu'à cinquante ou soixante par repas, mais le chiffre ordinaire est d'une demi-douzaine.
Si le gibier était abondant, il n'y aurait pas de société de chasse ; mais étant donné sa rareté, les chasseurs éprouvent le besoin de se concerter afin de préserver ce qui reste et tenter de repeupler un peu la région. La société de chasse s'efforce donc, tant bien que mal, de faire échec à l'individualisme et de survivre d'une crise à l'autre. Elle emploie deux gardes-chasse chargés de protéger le gibier à la fois des braconniers et des animaux destructeurs. Si les gardes-chasse prennent un braconnier en flagrant délit, ils doivent en référer au garde-champêtre, seul habilité à arrêter les mécréants. Si l'on découvre des renards, ce sont eux qui, revêtus de masques, vont déloger les animaux de leur tanière en lançant du gaz lacrymogène, puis les abattent. La société de chasse a par ailleurs la possibilité de s'affilier à d'autres clubs de la région, ce qui donne le droit à ses membres de chasser sur les terres d'autres communes.
Une fois par an, vers la fin de la saison de chasse, la société se réunit pour discuter de diverses choses la concernant telles que les affiliations et le lâchage d'animaux reproducteurs. Le 28 janvier 1951, une trentaine de personnes étaient présentes à cette réunion. M. Avenas présidait la séance et Moïse Jannel, l'un des deux gardes-chasse, muni d'une clochette, faisait fonction d'huissier.
Quand il sembla que plus personne n'allait venir, M. Avenas décida d'ouvrir la séance. Le bruit des conversations était tel que personne ne l'entendit; Moïse Jannel eut beau agiter sa clochette et crier aux autres de faire silence, l'assistance n'en parla que plus fort. Finalement, ayant réussi à attirer l'attention de quatre ou cinq auditeurs, M. Avenas annonça les questions à l'ordre du jour. Aussitôt, Raoul Figeard se leva et déclara que bien que n'étant pas membre de la société de chasse, il avait une communication importante à faire : l'année précédente, on avait lâché une paire de lièvres reproducteurs près de chez lui et au début du printemps, lesdits lièvres avaient détruit son champ d'asperges. Il s'était alors plaint auprès des gardes-chasse qui, dit- il, s'étaient contentés de se moquer de lui. Il avait dû abattre les lièvres lui-même. Il était donc venu témoigner que les gardes-chasse n'avaient pas rempli leur devoir.
Raoul Figeard avait à peine terminé son intervention que Moïse Jannel et Charles Pian étaient debout en train de hurler des explications tandis que tout le monde se remettait à parler en même temps. Moïse se mit à agiter frénétiquement sa clochette tout en donnant de grands coups sur la table. Dans un moment d'accalmie, Avenas réussit à dire que la société s'était réunie pour discuter des questions à l'ordre du jour et non pour écouter les plaintes d'individus étrangers à la société de chasse. Figeard, furieux, sortit en claquant la sorte. Avenas donna la parole à Buisson qui fit un rapport sur l'un des sujets à l'ordre du jour que personne n'écouta.
Quand Buisson eut terminé, toujours au milieu d'un vacarme indescrïptible, Christian Laplace se leva et, à force de crier, réussit à attirer l'attention générale. Reprenant la discussion là où Figeard l'avait laissée, il déclara que les critiques de celui-ci à l'égard des gardes-chasse étaient parfaitement justifiées. Que lui-même, après avoir découvert que des renards mangeaient ses poules, était allé avertir les gardes-chasse, mais que ces derniers lui avaient répondu : " On ira voir quand on aura le temps. Tu n'as pas d'ordres à nous donner." Il leur avait fallu un mois pour tuer les renards et entre-temps, Laplace avait perdu la moitié de son poulailler.
Je ne saurais dire ce que chacun des membres présents pensait de la question car tous se levèrent d'un bond et se mirent à hurler en même temps. Moïse, après avoir vainement tenté de se faire entendre, jeta sa clochette et son insigne de garde-chasse sur la table et sortit en criant : " Je ne suis pas assez payé pour supporter ça! "
Là-dessus, on vit entrer Robert Peretti qui, après avoir démissionné de la société parce qu'il était partisan de la chasse au furet, venait demander sa réintégration. Il s'ensuivit une vive altercation en provençal entre lui et Charles Pian, les deux hommes se crachant furieusement des insultes au visage. Il ne fut bientôt plus question de chasse au furet, mais d'une vieille querelle qui remontait au temps de l'occupation allemande quand les deux hommes étaient dans le maquis. Tout le monde se mêla à la dispute, chacun prenant parti pour l'un ou l'autre des antagonistes. Saisissant la clochette abandonnée par Moïse Jannel, Avenas se mit à frapper sur la table à grands coups; en vain.
Finalement, Avenas s'écria :" Bon, tout le monde est d'accord pour que nous nous affilions à la société de Roussillon et que nous lâchions trois couples de lièvres ? " Presque personne ne l'entendit sauf un membre qui cria : " C'est d'accord! " Le comité exécutif, qui siégeait à l'avant cria à son tour son assentiment, sur quoi Avenas, écrasant la clochette sur la table, hurla : " La séance est levée ! "
Avenas sortit de la salle suivi de quelques membres qui avaient entendu sa phrase. Les autres s'aperçurent bientôt que la réunion était terminée et se levèrent à leur tour. Quelques instants plus tard, tous se retrouvaient au café autour d'un pastis. Les visages étaient détendus, souriants et l'on bavardait le plus calmement du monde.
Quelques jours plus tard, l'article suivant paraissait dans l'édition du Vaucluse d'un journal marseillais :
PEYRANE
La société de chasse s'est réunie dimanche. Dimanche 28 janvier, nombreux étaient les chasseurs qui ont écouté le discours du sympathique président Avenas, qui, très clairement, a exposé la situation de la société depuis qu'il a été investi de son mandat. Après avoir commenté les divers projets, le président demande à l'assemblée d'avoir à se prononcer sur toutes les questions à l'ordre du jour. Plusieurs chasseurs ayant exposé leur point de vue, les divers sujets traités sont adoptés. II est à signaler toutefois la démission d'un des deux gardes, M. Jannel Moïse qui, après avoir rendu publiquement sa plaque de garde, s'est démis de ses fonctions pour convenance personnelle, En définitive, bonne journée de travail en tous points réussie. Les félicitations iront à MM. les membres de la commission dirigeante et plus particulièrement à son président qui, avec un calme parfait, a su mener les débats avec la plus grande courtoisie.
Inutile de dire qu'on s'amusa bien au café à l'heure de l'apéritif à la lecture de l'article (qui avait été envoyé par Rivet), et qu'on en fit des gorges chaudes pendant plusieurs jours.
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